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 ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !

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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Mar 19 Aoû - 14:33

Non Exclamation Very Happy
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staggs
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Ven 22 Aoû - 17:01

J'ai commencé à lire mais je n'ai pas encore eu le temps de tout parcourir Wink
J'aime beaucoup ta façon d'écrire, tu es douée!
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Ven 22 Aoû - 17:38

La suite... Very Happy
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 23 Aoû - 11:39

" Carole s'était efforcée de maintenir une lumière tamisée en déposant un voile sur deux lampes de chevet. Les murs de la chambre se tapissaient d'étranges reflets, accoutumant déjà les hôtes aux dangers qui les attendaient. Le panneau du maître de jeu trônait au centre de la table et dominait les feuilles de personnages disposées autour. Les quatre héros reprirent leur place respective non sans avoir au préalable consulté leurs fiches d'identification. Le même calme régnait toujours avant chaque séance. Les mines étaient si sérieuses et concentrées qu'il devenait difficile de cerner correctement les limites du jeu. Peu à peu, la grande table recommençait à se former et l'histoire à se dessiner. Carole, confortablement installée dans son rôle de réalisateur se sentit le devoir de rafraîchir les mémoires engourdies par les activités de la journée.
- " Bien ! Je vous fais un bref topo. Vous êtes actuellement sur les traces d'un ermite susceptible de vous indiquer le nom d'une taupe au sein du palais royal. Estelle monte la garde pendant que Gabi et Hélène fouillent la hutte. Ah oui, j'oublie Marie, scotchée à la fenêtre et dont les intentions ne sont pas encore clairement définies. "
Toutes se mirent à rire avant de retrouver la situation laissée en suspens.
Le chevalier se tenait écarté du moine sans pour autant le perdre de vue. Sa position stratégique lui permettait de surveiller à la fois l'inspection de son ami et les déplacements extérieurs d'un ennemi potentiel. L'elfe, dont les sens étaient aiguisés à l'extrême, déployait tout son art pour se fondre le mieux possible dans le paysage. Son corps ne semblait faire plus qu'un avec l'écorce de l'arbre. Il demeurait près du tronc, imperturbable, inerte, comme pétrifié. Les oiseaux pouvaient s'approcher de lui jusqu'à le frôler pour finalement se rendre compte de sa présence et s'amuser de cette supercherie dans une étrange complicité.
Un léger bruissement de feuilles incita le voleur à quitter son emplacement. D'un pas discret et le dos courbé par la peur de recevoir un projectile lancé depuis les tréfonds de l'épaisse forêt, il s'empressa de rejoindre ses équipiers. Le religieux, lui, fouillait la pièce avec beaucoup de soin, ne négligeant aucun recoin, se risquant même à poser les doigts sur des objets recouverts de crasse et des tissus nauséabonds.
- " C'est dans de telles circonstances que je préfère monter la garde. Tu vas attraper des cochonneries. Des fois, je me demande si le tribut qu'on nous paye vaut tout ça ".
La moue dégoûtée du guerrier avait laissé échapper cet aveu cinglant avec un trémolo traduisant son profond écoeurement.
- " Je crois qu'on a ce qu'on cherchait ! ".
Tenant serré entre ses mains un petit bout de papier jauni, le moine fit regretter sa phrase au chevalier soudain très intéressé par la découverte. Tandis que le premier s'enquérait du contenu, le second le sommait de lire à haute et intelligible voix le message, assailli par un désir goulu de connaître le nom du félon tant recherché. Mais l'ecclésiastique, concentré sur son feuillet, ne prêtait aucune attention à ces injonctions et terminait son examen dans une attitude toute monacale. Puis, une fois dans l'embrasure de la porte d'entrée où se tenait son "ange gardien", il rangea le papier au fond de sa poche et, arborant la figure inquiétante de celui qui connaît les affres de la lutte d'une réalité supplantant la douce illusion, il se libéra d'une partie de son récent fardeau.
- " J'ai trouvé un truc intéressant mais ça ne sera pas très plaisant à entendre ".
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 23 Aoû - 11:53

ouiiiiiiii!!!
et donc.....
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 23 Aoû - 12:05

" Sur ces mots, il sortit du cabanon pour rejoindre l'elfe. A l'instar du voleur, et à sa suite, il se déplaça dos arrondi et genoux pliés. La forêt leur devenait maintenant inhospitalière et les bruits qui en sortaient de plus en plus angoissants. Après tout, n'est-ce pas toujours à la suite d'une importante découverte, lorsque les héros, ivres de joie et pétris d'orgueil, sortent dans une parfaite insouciance que les ennuis commencent, que des fourbes les poignardent sauvagement ? Conscients des grands principes du suspens et aguerris à ces frauduleuses manoeuvres, ils attendaient le fameux retournement de situation, peu enclins à entonner cet air ridicule du "il ne peut plus rien nous arriver" ponctué d'un "tralalalère" des plus exaspérant.
Carole fixait la tablée. Son air sournois laissait planer un doute quant à ses intentions si bien qu'aucune des quatre autres ne se sentait en mesure de prévoir les événements suivants. Le petit jeu semblait s'éterniser: avait-elle flairé cette peur chez les personnages, cette peur qu'ils tentaient pourtant de camoufler depuis un bon moment ? Etait-ce l'un d'entre eux qui n'avait pas su se montrer assez discret ou bien le groupe tout entier qui, dans un élan de frousse, s'était trahi par un claquement de genoux collectif ? Les regards convergeaient vers Carole dont le récit se reconstruisait peut-être à l'instant même, bouleversant ainsi les projets longuement établis à son insu; du moins, l'avaient-elles cru. Dans un instant, elle se lèverait, ferait un rapide tour de table et assènerait cette phrase terrible: "vous ne savez donc pas que la vie, c'est ce qui arrive quand on avait prévu autre chose ?". Puis, elle soulagerait sa pénible attente avec un sourire insupportable car juste suggéré.
L'étrange clarté qui envahissait la pièce frôlait tendrement chaque visage, masquant partiellement leurs traits. Quiconque aurait franchi le seuil de ce petit univers feutré se serait sans doute heurté à une sensation inexplicable, savant mélange de frayeur et d'attirance, réminiscence peut-être d'une époque révolue mais regrettée. Si la lumière dégageait, sur ces êtres rassemblés, les parcelles d'une peau authentique, les zones d'ombres, elles, laissaient planer le doute sur l'identité de chacune. La frontière pouvait alors sembler terriblement ténue entre le personnage et la personne. La délicieuse lueur se répandait sur tous les corps et les métamorphosait par intermittence, atténuant ainsi leur spécificité pour les soumettre à un bal insensé, de sorte qu'il devenait parfois impossible de savoir qui de l'elfe ou de la joueuse était réellement attablé.
D'étranges bruissements de feuilles s'échappaient de la forêt et la disparition inopinée, quoique naturelle, du soleil entacha une situation déjà fort désagréable. Les nombreuses interrogations des trois guerriers forcèrent néanmoins ces derniers à baisser la garde et le contenu du papier dérobé devint soudain plus important encore que la menace d'une pénombre insondée.
- " Qu'y a t-il d'écrit sur ce foutu papier qui risque de nous déplaire ? ".
Le chevalier murmura péniblement ces quelques mots, saisi par un agacement que seule la crainte d'être repéré pouvait canaliser. Agenouillés au milieu des fougères, les deux autres tendaient l'oreille, calquant leur souffle sur un même rythme. Le petit papier se faisait tripoter au fond de la poche. Il semblait gémir sous chaque crispation de doigt comme pour mieux inciter le moine à révéler son secret. "

A l'instant même où ça commence à vous saoûler, vous me dites STOP !
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 23 Aoû - 14:54

Et...
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 23 Aoû - 15:34

- " C'est le Duc de Miremont qui correspond avec l'ennemi ".
A cet instant, les regards s'assombrirent et se croisèrent, décontenancés, effarés. Puis, le voleur laissa éclater un balbutiement de stupeur dont on pouvait supposer qu'il céderait bientôt la place à une fureur clairement exprimée.
- " Le Duc de Miremont ? Le grand héros de guerre en qui nous avions tellement confiance et qui nous a promis de revenir avec des renforts !
- Et qui nous a surtout bien entubées ! ".
C'est avec une jouissance extrême qu'Estelle clotûra le terrible constat. Libérée du doute et de l'ignorance, elle reprenait déjà sa délicieuse candeur.
- " On va le coiffer au poteau, le rattraper avant qu'il ait pu atteindre le camp ennemi. Etant donné qu'il ne sait pas qu'on sait, on peut considérer que l'avantage est de notre côté ".
Tout le monde acquiesça sur un sourire en coin. Les têtes bouillonnantes mettaient déjà au point une vengeance sous la forme de petites tortures personnalisées dont le raffinement, proportionnel à la déception causée, n'avait d'égal que la cruauté qui les motivait. La colère intérieure s'exprimait à l'unisson dans chaque cerveau, introduite par le fameux "si je le chope..." que la bouche susurre si difficilement, en proie à la honte de l'abusé incapable d'accomplir une justice immédiate. C'est avec une relative facilité qu'ils retrouvèrent leurs montures, laissées en retrait de la clairière. Les contours de la hutte n'étaient plus à présent qu'une vague image pénible à redessiner et que les esprits tentaient d'enfouir car rien n'est plus douloureux que la répétition mentale d'une expérience humiliante. En enfourchant son destrier, le chevalier jeta un dernier regard vers l'épaisse forêt, vexé, profondément déçu, mais bizarrement soulagé. Au triple galop et bien décidés à stopper l'avancée du traître, les quatre personnages entamèrent une course effrénée en direction des lignes ennemies.
- " Il faut imaginer un plan d'attaque. On ne peut pas se pointer devant lui et proposer de l'escorter. Il va flairer le piège et on l'aura dans le baba s'il décide d'ameuter ses collègues ".
De toutes les bonnes résolutions proposées par Estelle, celle-ci fût sûrement la plus applaudie. La priorité était maintenant à la concertation et l'usage d'une rhétorique convaincante devenait non seulement nécessaire mais urgente. Puis, soudain, l'idée salvatrice s'échappa de la bouche du moine sous la forme d'un mince filet de voix à mi-chemin entre l'injonction décidée et la réflexion intérieure démasquée.
- " Après tout, on n'a qu'à le laisser contacter les crétins d'en face. De toute manière, il ne restera pas avec eux. Il doit continuer à jouer son rôle de taupe encore quelques temps et pour ça, il doit revenir au château. Hé bien, c'est là que nous l'attendrons et que nous le démasquerons. L'ennemi ne peut pas attaquer maintenant. Patientons jusqu'au grand bal et jusque là, faisons bonne figure tout en distillant de fausses informations ".
Les joueuses se tournèrent vers Carole comme pour lui signifier que la cavalcade allait cesser, rendant ainsi les esprits plus sereins, plus aiguisés par ce calme nouvellement conquis. Elles avaient pris là une sage décision: elles en étaient convaincues. Carole effleura un instant ses feuillets puis posa la main sur sa bouche en prenant la posture bien singulière du penseur méditatif.
- " Vous regagnez le palais sans encombre mais dès votre arrivée, on vous informe que le capitaine de la garde impériale a été empoisonné ".
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 23 Aoû - 18:11

...ça roule...
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 23 Aoû - 22:18

" Attentive aux réactions des joueuses, Carole inspecta leur changement d'attitude. Le rôle de maître du jeu lui convenait parfaitement. Nulle autre n'avait émis un souhait plus vif pour écrire, diriger et orienter les scénarios. En réalité, aucune n'était plus en mesure d'occuper ce poste car il émanait d'elle un charisme enchanteur dont les effets transparaissaient pleinement au cours des combats dans sa façon de les commenter, voire de les sublimer. Les coups d'épée, les cris d'effroi, les boucliers brisés, les soldats en déroute et les bannières chancelantes étaient autant d'images propres à émouvoir son corps qu'elle laissait s'exprimer pour décrire minutieusement les scènes. S'ensuivait alors un malaise excitant, réflexe inévitable de l'être humain s'imaginant soumis à un danger qu'il sait devoir affronter pour atteindre la postérité et imposer ses succès aux yeux de tous, tel un demi-dieu en visite chez de pathétiques mortels. Gloire, reconnaissance et immortalité, voilà ce que recherchait tout homme depuis la nuit des temps. Voilà surtout ce qui animait les quatre personnages réunis autour de la table. Si ces aventures avaient, pour chacune, un goût différent, la finalité demeurait, à peu de chose près, la même pour toutes. Durant un court instant, quelques heures dérobées à la nuit, le reptile, l'ancolie, la frêle enfant et le terne angelot devenaient le dragon, la rose épanouie, le solide titan et le nouveau messie. Gravés sur les pages d'un cahier bon marché, leurs virtuels exploits prenaient soudain autant de valeur que si elles avaient inscrit un commandement et imprimé leur sceau au bas des tables divines.
- " Je ne sais pas pour vous, mais moi, avant d'enquêter sur l'empoisonnement du capitaine, je compte bien déterminer qui est susceptible de nous nuire ou de nous aider au sein du royaume. On économisera du temps et de l'énergie ".
Gabrielle plaqua son dos contre le dossier de la chaise en croisant les bras. La voix de la sagesse enfin dispensée, les oreilles attentives ne tarderaient pas à suivre son avis. L'oeil malicieux qu'elle affichait en disait long sur son degré de satisfaction. Suspendue aux lèvres de ses amies, elle extrapolait l'adhésion par une anticipation de leur mouvement articulant un "ouai" admiratif et enthousiaste. C'est sur un réflexe non-intentionnel que les autres rejoignirent Carole dans sa pose méditative. Confortant également leur assise, elles présentaient là un tableau des plus savoureux: l'une chantonnait comme pour accélérer son analyse, la seconde bougeait sa mâchoire sur un va-et-vient mécanique et la dernière s'acharnait sur un petit bout d'ongle qui avait eu l'aubaine de grandir plus vite que ses compères sans se douter des ravages causées par le stress. Puis Hélène balbutia quelques mots avant de lancer sa conclusion en direction d'Estelle pour retrouver en elle l'écho d'une lointaine déclaration:
- " Je crois que Gabi a raison. On s'est suffisamment fait entuber pour la journée. En tout cas, moi, j'ai eu ma dose ".
A la pause respiratoire qu'elle entreprit succéda alors un rapide, mais incisif, regard circulaire. Sa langue avait toutes les peines du monde à contenir une sentence dévastatrice.
- " Je déclare officiellement mon postérieur fermé, et ce, jusqu'à nouvel ordre ! ".
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 23 Aoû - 22:52

" Si Marie et Gabrielle manquèrent de s'étouffer, Estelle se livra à une congratulation bien sobre. Pourtant, son applaudissement signifiait beaucoup pour Hélène qui perçut, dans ce geste anodin, le signe d'une reconnaissance, la matérialisation d'une parole. Estelle avait apprécié la remarque. Elle regrettait même sûrement de ne pas l'avoir trouvée. De la part de la plus grande cynique que la terre ait jamais porté, quel superbe hommage n'était-ce pas là pour Hélène, subitement promue "reine de la phrase qui tue" ! Mais la réalité brisant toujours les évasions mentales, le bruit de pas de plus en plus pressant dans le couloir central du "niveau dortoir" annonçait la venue imminente de l'infirmière en charge de l'extinction des feux, qu'Estelle ne manquerait évidemment pas d'imiter avec une mimique outrancière, mais tellement jubilatoire. Après une rapide frappe sur la porte, la blouse blanche s'infiltra par son entrebâillement, signifiant, par cette simple apparition, la fin de la partie. Carole rangea ses documents, assistée d'un chevalier et d'un moine qui reprenaient peu à peu les traits de ses vieilles connaissances.
- " C'est pareil toutes les fois. Elle se pointe au moment où des choix cruciaux s'imposent à nous. Et c'est pareil aussi à l'extérieur. On t'emmerde constamment quand tu pratiques un truc plaisant. Moi, ma théorie, c'est qu'il existe des chieurs, nés uniquement pour te faire aller faire la grosse commission et dotés de pouvoirs paranormaux leur permettant de savoir à quel moment précis ils te feront le plus aller faire la grosse commission. C'est leur boulot ! Et le grand manitou, là-haut, sur son trône fait de nuages, il regarde, il savoure, il en remet une couche et il se bidonne ".
La grimace d'Estelle avait finalement cédé la place à une bien étrange réflexion, laissant les autres totalement perplexes: fallait-il s'amuser de la formulation ou bien se concentrer sur son contenu plus profond au risque d'en frémir ? Car aucune réflexion n'était anodine chez Estelle. Chacune de ses paroles sonnait comme une vérité oubliée, inacceptable, au-delà même des termes choquants ou puérils qu'elle se plaisait à utiliser. Mais là était peut-être bien le secret de son pouvoir, dans son détachement théâtral, sa froideur désarmante, soumis pourtant à une émotion qu'elle ne parvenait pas toujours à dissimuler sur certains sujets. Les dés multicolores avaient eu à peine le temps d'éroder le tapis de jeu que déjà ils regagnaient leur pochette. La partie s'était voulue plus intellectuelle ce soir là, quitte à lasser l'assistance. Mais Carole savait que "l'aspect enquête" restait fort prisé au sein du clan, à tel point qu'elle avait souvent assisté à des tergiversations abracadabrantes au beau milieu d'une terrible rixe, des cas de conscience auxquels elle avait dû mettre fin de façon énergique sous peine de rendre ridicule une situation dramatique longuement peaufinée.
Les yeux embrumés par la fatigue semblaient réclamer, dans un ultime sursaut de vigueur et de curiosité, un avant-goût des péripéties à venir. Cependant, aucune n'ouvrit la bouche et c'est sur un pas presque mécanique qu'elles rejoignirent leurs chambres respectives. Carole contempla la boîte de jeu une dernière fois avant de la remettre à sa place sur l'étagère d'une bibliothèque dont la décrépitude la désespérait. Elle regrettait amèrement de ne pouvoir s'adonner davantage à la lecture mais la fainéantise et la lassitude ont ce pouvoir détestable d'étouffer les plus sages résolutions, celles-là mêmes qui sont censées nous redonner un peu d'amour-propre. " Qu'as-tu fait d'intéressant aujourd'hui ? Qu'as-tu appris, compris ? As-tu le sentiment de t'être améliorée ? " : cet interrogatoire nocturne survenait avec une régularité exaspérante. Elle avait sûrement dû l'emprunter à un philosophe mais elle était incapable de retrouver son nom. Elle maudissait pourtant cet inconnu qui était source de tourments bien néfastes à son sommeil. Courageusement, mais non sans mal, elle se livrait alors à une série de réponses: " J'ai traîné mes pompes toute la journée. Je n'ai rien appris que je ne sache déjà et je n'ai compris qu'une seule chose, que tout être est voué un jour ou l'autre à une effroyable, irrémédiable stagnation ".
Puis, levant les yeux au plafond comme pour y distinguer la présence d'une entité supérieure, elle mettait un terme à cet odieux rituel:
- " Sur ce, je vais me coucher, et tant pis si vous n'êtes pas fier de moi. De toute façon, je suis telle que vous m'avez faite et on n'obtient pas un tournedos Rossini avec de la viande à vache ".

Fin d'un chapître !
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Dim 24 Aoû - 12:29

bien, bien...

Déjà un chapitre de passer Exclamation

Il y a beaucoup de détails, de descritions minutieuses.
Du coup je ne lis pas de façon très fluide.

Pour autant, l'histoire m'accroche et j'ai envie de continuer à lire la suite Arrow

Alors Estelle, si t'es toujours d'accord, et ben j'en veux bien encore Arrow

Merci à toi de partager ton oeuvre Very Happy
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Dim 24 Aoû - 18:20

Ah, je t'avais pourtant prévenue Fleur en te disant que mon style pouvait parfois se révéler indigeste ! Mais bon, si tu redemandes une part de gâteau ! Au diable l'indigestion !

" 8 Peter Pan

Marie se retrouvait à nouveau seule dans sa chambre. Mais cette solitude n'était qu'apparente car la petite voix végétait dans un coin de la pièce, attendant le moment propice pour s'extirper d'un tiroir, d'un drap, d'une moquette. Elle redoutait, toujours aux aguets, cette irruption violente des angoisses refoulées, revigorées par la fragilité d'une âme qui doute. La serviette recouvrant son miroir l'empêchait de succomber à une séance de contemplation morbide, mais parfois, la tentation était trop forte. Elle s'approchait doucement et retirait alors le linge pour découvrir sa silhouette. A cet instant, elle savait que la terrible voix ne sortirait pas d'un meuble. Elle surgirait avec l'apparition de son reflet dans la glace. Ce simple geste de la main écartant le voile interdit appelait la langue perfide, la sollicitait dangereusement. Elle ne pouvait s'empêcher de maudire son manque de volonté, consciente du mal qu'elle s'infligeait. La mauvaise âme, c'est elle-même qui l'incitait à s'exprimer. Elle lui ouvrait grand les bras, la bénissant presque par avance pour ses futures ravages.
Ce corps était devenu une entité méprisable, une personnalité à part entière capable de pervertir son esprit si pur, et sur laquelle, malgré tout, il était possible d'agir. L'étrange maigreur qui supplantait maintenant les anciennes traces d'hématomes apportait une nouvelle preuve de la puissance et de l'influence phénoménales de son intellect. Cette carapace charnelle deviendrait bientôt une fine croûte qu'un misérable vent soulèverait sans peine; et la douleur durerait le temps d'un soupir. Elle se complaisait dans son erreur, paralysée devant le miroir.
- " Tu vas avoir ce que tu mérites. Tu as intérêt à filer droit ".
A peine sorties, ces pensées étaient déjà regrettées, considérées comme totalement ineptes mais leur extériorisation semblait nécessaire. Elle ressentait le besoin d'injurier, réprimander et menacer ce reflet, cet ennemi soudainement palpable. Tant de rage et de haine s'entassaient dans ce petit corps décharné. Incapable d'enjamber un muret sans suffoquer d'épuisement, elle dépensait pourtant une énergie incroyable lorsqu'il s'agissait de torturer ses chairs.
Elle ne connaissait que les tiraillements, les regrets et les remords, contrainte de surveiller les fluctuations de son corps, soucieuse de le rappeler à l'ordre alors même qu'il lui donnait satisfaction. Sa tête n'était plus qu'un vaste et terrifiant champ de batailles où toute idée de paix demeurait proscrite. "La trêve n'existe pas. Elle n'est qu'une ruse du corps pour endormir la vigilance de l'esprit par des supplications, des promesses de soumission qu'il ne tiendra jamais". Epuisée, elle ne connaissait pas le repos et désespérait même de le trouver un jour. Au fur et à mesure que la fatigue envahissait son être, touchant tout autant ses membres que son cerveau, la petite voix insistait davantage sur l'issue fatale de la démarche. Les déchirements intérieurs cesseraient avec la disparition du corps, cette masse informe semblable à un geôlier vicieux, jaloux et désireux de contenir une âme délicate, éprise de liberté et de sérénité. "
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Dim 24 Aoû - 18:51

Je ne trouve pas ton style "indigeste" No
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staggs
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 25 Aoû - 3:03

Je viens de tout relire d'un coup, et... j'aimerais bien avoir la suite Wink
Je suis totallement dedans là, et j'aime bien le fil directeur de l'histoire. Nous attendons la suite! Very Happy
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 25 Aoû - 14:44

Oula ! Arrête un peu de me flatter Staggs ! Déjà que j'ai de vilaines courbatures récalcitrantes, si en plus tu fais enfler mes chevilles, je ne serai plus en mesure de conserver ma place tant convoitée en équipe 1 (et je te raconte pas la concurrence !).


- " Ne t'imagine pas que je vais me laisser berner ou attendrir par tes subterfuges grossiers ".
Au milieu des reproches, la voix de la sagesse tentait une périlleuse percée, lui faisant prendre conscience de ses actes. Elle parlait à son image. Elle insufflait la mort dans ses propres fonctions vitales. Les autres, "ceux du dehors", disaient peut-être vrai quand ils la supposaient en danger et voyaient en elle un être en souffrance inapte à mener une réflexion censée. D'ailleurs, les médecins reconnaissaient un lien étroit entre l'activité cérébrale et la pénurie d'éléments nutritifs utiles à son expression. Depuis qu'elle avait décidé ce contrôle sur le corps, le cerveau, lui, semblait fonctionner au ralenti, ce qui se traduisait par une très nette baisse d'attention, une difficulté à enchaîner et enregistrer plusieurs idées. Croyant naïvement que le corps était seul responsable de ces dommages, elle niait l'indéniable vérité: le cerveau, pièce mécanique au même titre qu'une jambe, exigeait également des aliments pour pouvoir travailler correctement. Par intermittence, il semblait l'implorer, la supplier de mettre un terme à ces souffrances incompréhensibles. Cette découverte la surprenait et la terrifiait à chaque fois. Elle savait l'âme indépendante du corps mais pourtant irrémédiablement fixée au cortex, terme bien barbare pour nommer ce qui n'était finalement qu'un amas de cellules, un morceau de viande dont certains se repaissaient. Que devient l'âme du veau lorsque de fins gourmets se délectent de son réceptacle ? Décidément, elle contenait en elle des questions bien malsaines. Son esprit, engourdi par les restrictions, s'égarait-il dans des dilemmes insensés ou bien entrevoyait-il peu à peu, affiné par son détachement du corps, des révélations indéchiffrables pour de pauvres mortels non réceptifs aux injonctions mystiques ? Exténuée par des questions retorses à toute réponse intelligible, elle finissait par s'endormir, convaincue d'avoir mérité sa place au manoir des dingos.
Au dehors, tout n'était plus que calme et légèreté. L'obscurité envahissant le parc avait déversé un état d'accalmie sur la plupart des âmes fourbues. Allongée sur le lit, elle fixait sa fenêtre mise en valeur par un rayon de lune. Cet éclairage devenait non seulement le plus apprécié mais le seul encore tolérable. Ignorant sa position, il fusait sur une partie bien définie de la pièce, une zone dont elle pouvait s'extraire tout en profitant du scintillement. La nuit avait décidément de merveilleux effets curatifs, du moins sur les caractères inoffensifs car, sur les tempéraments violents, elle était souvent accusée de favoriser les pires débauches. Elle médita un instant sur ce curieux paradoxe avant de céder à l'appel d'un repos bien mérité. Ses rêves la livreraient sûrement une fois de plus en pâture à quelques orgies auxquelles elle tenterait vainement d'échapper, non sans en retirer un goût amer, celui du désir frustré, inassouvi, en attente de la prochaine étincelle. Que devenaient ses amies derrière les murs ? A quoi songeaient-elles ? S'étaient-elles endormies, ivres du bonheur d'avoir vaincu la petite voix ? Si bon nombre d'entre elles niaient l'entendre et suivre ses mauvais conseils, toutes s'échinaient pourtant à la camoufler, souvent avec une maladresse évidente, tellement émouvante. Une égérie malfaisante vivait en chacune d'elles, insufflant, certes, des ordres différents, mais visant une échéance similaire, l'auto-destruction. Libérée ponctuellement de ses angoisses, Marie parvenait à interpréter leurs hésitations quotidiennes, spectatrice attentive de leurs ébats démesurés contre un ennemi imaginaire, un fantôme attaché à elles tel un ange déchu, gardien de leurs terreurs les plus secrètes. Elle ne pouvait alors que compatir silencieusement, blottie dans la pénombre, soulagée que son vilain petit démon lui octroie un moment de répit. "
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staggs
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 25 Aoû - 17:21

Bah eh dans l'autre post, tu es jalouse que je me fasse mousser, alors il est tout naturel que je te dise ce que je pense Wink
Tu as le privilège de me faire lire un livre, le dernier que j'ai lu doit remonter à 2 ans...
Par contre, en retranscrivant tout, tu ne fais pas une seule faute de frape c'est hallucinant Shocked
On l'appelait "la femme aux 30 doigts"

En attendant la suite Very Happy
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Mar 26 Aoû - 0:11

Alors là, franchement, le plus beau des compliments: le deuxième livre que tu lis en 2 ans ! Ca y est, cette fois, mes chevilles ont vraiment explosé ! Heureusement que je n'ai pas lu ton message avant de partir à l'entraînement parce que je n'aurais jamais pu jouer aussi bien ( voilà, ça commence: je me jette des fleurs toute seule ! )

" La clarté du soleil naissant et les piaillements d'oiseaux promettaient une magnifique journée. Les infirmières s'affolaient déjà, réveillant les malades pour leur proposer un solide petit déjeuner ou leur rappeler un rendez-vous important. La plupart des visites avaient lieu le matin, celles des médecins comme celles des familles et ces téléscopages redonnaient un semblant de vie aux murs flétris du manoir. Des tas de silhouettes s'affairaient, couraient, maltraitaient des portes et piaillaient à l'instar des moineaux du parc. Cette agitation soudaine n'était évidemment pas du goût de tout le monde et certains pensionnaires, aux premiers échos de pas, barricadaient énergiquement l'entrée de leur univers molletonné. Le personnel en charge de leur bien-être ne manquait pas de les amadouer, de les supplier à travers l'épaisse porte en usant de paroles rassurantes apprises dans les meilleures livres de psychologie clinique, et qui insistaient lourdement sur le ton particulier à adopter, ce rythme doux mais ferme, mielleux mais pas obséquieux. L'exercice était ardu et la réussite, fonction de la compétence de l'infirmier car certains possédaient ce don qui fait les grands diplomates tandis que d'autres, certainement victimes de stress, voyaient leurs tentatives échouer lamentablement. Plantés au beau milieu du couloir, contraints de converser avec une tapisserie, ils se sentaient ridicules et leur manque inné de tact mutait en une sorte d'agacement sauvage agrémenté de menaces de représailles. Les échanges matinaux se déroulaient toujours selon le même schéma.
- " Sortez d'ici ! Vous êtes sur la mauvaise pente ! ".
De brèves réponses étaient retournées sous forme de grognements et d'insultes. Le monologue reprenait alors, plus virulent.
- " Ouvrez cette porte ! Je ne le redirai pas deux fois. Je vous préviens que je peux entrer quand bon me semble. J'ai les clefs. Ne faîtes pas l'enfant. Personne ne vous fera de mal si vous acceptez de coopérer ".
Des malades assistaient à la scène, désemparés, ébahis parfois, ne sachant comment réagir, détournant les yeux, conscients de l'indécente situation de badaud. Une infime partie, au contraire, se délectait du spectacle dans un recoin du couloir, à l'affût du coup de théâtre. Estelle adorait l'effervescence de ces matinées. Elle se trouvait un abri discret à ciel ouvert sur le show quotidien et attendait le fameux "deus ex machina": une porte défoncée, un patient en pleine crise d'hystérie, un infirmier vilipendé pour incompétence. Au final, chaque ouverture de porte offrait un tableau délicieux, une plongée vertigineuse dans les profondeurs de la folie humaine, dans tout ce qu'elle peut donner à voir de plus troublant, de plus terrifiant et de plus pathétique. Gabrielle vint se recroqueviller auprès d'Estelle. Collée à son épaule, elle semblait vouloir tester la qualité de la cachette. "
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Mar 26 Aoû - 0:32

- " Tu t'amuses bien ? ".
Son murmure s'accompagna d'un léger coup de coude amical, marque d'une complicité qu'elle souhaitait entretenir avec sa camarade. Estelle, occupée à disséquer les échanges houleux, aquiesça machinalement sur un hochement de tête. Puis, au bout d'une minute, titillée par le besoin de transmettre une part de ses connaissances, elle chercha, en Gabrielle, une alliée.
- " Tous les matins, c'est le même cirque et tous les matins, ça se termine de la même façon. Ces crétins se bouclent à double tour, se croyant très malins, plus malins que les toubibs, et à chaque fois, ils se retrouvent sur le lit, ficelés comme des jambons. Leur stupidité me désole ".
Gabrielle fronçait les sourcils tandis qu'Estelle, galvanisée, reprenait sa description en dévoilant, doigt tendu, quelques fresques éparpillées ça et là qu'un oeil non averti aurait pu facilement ignorer tant les cris venaient parasiter l'exercice.
- " Vise un peu ce cake au fond. Hé bien, dès qu'il le peut, il fait son intéressant. Personne ne vient jamais le voir, alors il pique sa crise à heure fixe, histoire de se faire remarquer, même si ça doit se terminer par une dose massive de cachets. L'essentiel, pour lui, c'est d'avoir retenu l'attention, d'avoir mobilisé trois infirmiers dévoués à sa petite personne. J'ai parfaitement compris son jeu et c'est pour ça qu'il m'évite, qu'il fuit mon regard ".
Cédant à un éclat de rire, elle poursuivit, l'oeil pétillant de malice:
- " Ce homme dépourvu d'intelligence s'imagine sûrement que je vais le balancer à la direction et déballer son pitoyable stratagème. Ben voyons ! Je n'ai vraiment que ça à foutre de mes journées ".
Elle croisait maintenant les bras avec cet air supérieur de l'esprit averti se croyant au-dessus de la masse. Pourtant, son manège à elle n'était guère plus reluisant. Son énergie vacillante semblait se fortifier à mesure que les autres s'époumonaient et se démenaient avec leurs phobies. Tel un vautour, elle guettait les corps les plus instables, les coeurs les plus écorchés pour se repaître de cette détresse, dieu seul savait dans quel but. En tout cas, à la contempler ainsi, fière, la tête haute et pleine d'assurance, il était évident qu'elle en soutirait un pouvoir magique, un pouvoir qu'elle savourait comme on savoure un nectar divin exclusivement réservé aux êtres d'exception. Déterminée à poursuivre sa sordide besogne, elle délesta son reste de mépris dans l'oreille attentive de Gabrielle:
- " Si j'étais l'elfe, je lancerais un sortilège qui clouerait tous ces bouseux sur place. Tu sais, une de ces formules qui te change en balai chiotte ".
Toujours tapie dans son dos, et masquant habilement son indignation, Gabrielle répondit d'une voix calme et sereine:
- " Si j'étais le moine, je t'en empêcherais ".

Voilà donc pour ce soir !
P.S.: tu remarqueras, Staggs, que j'ai eu la délicatesse d'éluder toute blague douteuse au sujet de "la femme aux 30 doigts" ! Bon, ok, je sors ! Embarassed
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Mer 27 Aoû - 20:51

bien ,bien...
Je trouve de plus en plus interressant!! Very Happy
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Mer 27 Aoû - 23:41

" Un petit salon colonisé par les visiteurs était là qui les priait d'entrer afin de poursuivre l'étude de moeurs dans de meilleures conditions. Chacune prit place dans un sofa moelleux en essayant de maintenir un regard affûté sur les actions environnantes. Elles eurent alors une même pensée pour Hélène, réfugiée à l'étage supérieur dans le cabinet du psychiatre et qui devait certainement abuser d'arguments éculés au sein d'un dialogue qui s'apparentait trop souvent à une joute verbale dont aucun parti ne sortait vainqueur et satisfait. Il y avait toujours, en conclusion, un goût d'inachevé, la sensation désagréable de l'effort infructueux. Estelle trépignait d'impatience à l'idée de récolter le récit de cette expérience. Bien qu'elle eut renoncé depuis fort longtemps à se confier au corps médical, le déroulement des séances continuait néanmoins de soulever son intérêt. Elle exigeait des détails à commenter car, " même retirée de la circulation", comme elle se plaisait à le clamer, elle n'en demeurait pas moins un "esprit éclairé, indépendant et sceptique", un de ces êtres qui "refusent les compromis au nom d'une certaine idée de la normalité".

Très rapidement, le décor intime du "salon-confessional" tomba en ruines au profit d'un paysage plus agité, voire bouillonnant où des hordes d'individus, étrangers au lieu, s'accaparaient le moindre bout de mobilier, y trouvant un appui bénéfique. Il devenait le point de rencontre idéal pour soulager l'esprit après d'éprouvantes épreuves, partager ses inquiétudes ou ses espoirs avec des inconnus imprégnés d'histoires similaires. Ce tumulte incommoda Gabrielle dont les jambes se mirent à tressauter, incitant Estelle, tout aussi excédée, à perpétuer le mouvement vers une suite logique, la fuite. Sans échanger un mot, elles s'extirpèrent des fauteuils pour rejoindre les escaliers menant à l'étage supérieur. L'ultime regard jeté sur le salon leur permit de constater que la place laissée vacante était déjà comblée par une famille bruyante et totalement assujettie au rapport éclairé d'un médecin.
L'escalier qu'elles gravirent dans un silence quasi-religieux leur sembla interminable. Chaque marche venait supplanter l'autre avec une étourdissante monotonie et ce fut au terme d'une pénible ascension qu'elles saisirent l'évidente réalité: la corvée ne provenait pas des muscles endoloris mais du refus inconscient d'approcher le cabinet du psy alors même qu'elles n'avaient aucun rendez-vous. Il fallait pourtant bien pousser le pas jusqu'à cette porte maudite. Elles seraient présentes lorsqu'Hélène sortirait. Elles l'attendraient, légèrement en retrait, de façon à ce qu'elle puisse opérer cette nécessaire coupure entre le monde intime, intemporel de la confession et l'univers tourmenté de l'action immédiate. Une fois ce lien inapproprié rompu, elle n'aurait qu'à lever la tête pour les trouver au loin, solidaires, prêtes à l'accueillir sans la juger. "
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Mer 27 Aoû - 23:55

" En attendant, Estelle s'approcha de la porte tant redoutée avec la démarche de l'enfant belliqueux désireux d'évaluer sa résistance face au danger et aux interdits. Sur la pointe des pieds, elle se glissa le long du mur pour affronter la plaque du praticien où figuraient, en lettres dorées, ses prestigieux titres. En position cambrée, elle singeait là un espion bien malhabile. Incapable de subtiliser le moindre mot, son sens auditif ne percevait que de vagues chuchotements. Ses pouvoirs elfiques atteignaient ici leurs limites, démystifiés par l'épaisseur d'une vulgaire porte en bois. Ce cinglant constat d'échec ne suffit pas à la déstabiliser et elle se mit à parodier le débat qu'elle supposait se dérouler à l'intérieur.
- " Gardez une attitude positive. Vous n'avez plus d'espoir, plus de rêves, plus de désirs ? Sachez que même au fond du trou, il y a toujours une faible lueur qui vous invite à regagner la surface. Un bon coup de palmes et vous voilà hors de l'eau ".
Elle retenait péniblement un fou rire tout en déambulant au milieu du couloir, la main droite occupée à remettre sur son nez des lunettes imaginaires. Puis, avec un air très inspiré, elle continua la scène, ravie d'avoir trouvé une spectatrice amusée en la personne de Gabrielle.
- " Ne suivez pas vos amies, la folle maigrichonne et l'ange déglingué. Et surtout, n'écoutez jamais les conseils du reptile persifleur adorateur des philosophes sataniques. Elles vous mèneront à votre perte, l'une plus que les autres d'ailleurs ".
Le couloir était incroyablement désert et le spectacle aurait pu certainement s'éterniser si Estelle n'eut jugé bon d'y mettre un terme. Rassasiée, apaisée, elle envoya un clin d'oeil à son amie en prenant la posture de ces gardes anglais au flegme légendaire. "L'ange" lui rendit un large sourire avant de s'asseoir sur une marche d'escalier, conscient de la patience dont il faudrait désormais faire preuve. "

Fin d'un chapître. Le prochain: " 7 L'ancolie "
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staggs
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Jeu 28 Aoû - 15:43

estelle a écrit:
P.S.: tu remarqueras, Staggs, que j'ai eu la délicatesse d'éluder toute blague douteuse au sujet de "la femme aux 30 doigts" ! Bon, ok, je sors ! Embarassed

J'ai vu ça, et très finement en plus
Je n'ai pas encore lu la suite, mais je te dis ça dès que c'est fait Wink
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Jeu 28 Aoû - 16:35

Moi, j'ai lu, nan,nan,nan

Bien, alors au prochain chapitre Exclamation
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staggs
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Ven 29 Aoû - 11:22

Rooo comment tu me nargues toi!!
Je lirai tout ça Dimanche au travail
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   

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