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 ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !

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estelle
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MessageSujet: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Jeu 14 Aoû - 22:58

Comme promis, un extrait de mon bouquin. C'est le début: 5 filles qui viennent de terminer une partie de jeu de rôles. Elles sont enfermées dans une sorte de maison de repos car chacune a un problème psychologique particulier. Elles se réunissent ainsi régulièrement pour fuir le quotidien en interprétant des personnages courageux, ambitieux, sûrs d'eux, le contraire de ce qu'elles sont dans la vie.

" L'heure du déjeuner sonna, contraignant Carole à ranger le plateau de jeu. Les cinq pensionnaires n'avaient pas pour habitude de partir à l'aventure dans la matinée mais l'orage qui sévissait au dehors mettait un terme à cette clause. Chacune se leva avec un déhanchement qui lui était propre pour se diriger vers la salle à manger, l'air ravi et apaisé, à l'exception de "Peter Pan" souvent désireuse de manger seule dans sa chambre, à l'abri des regards. On l'avait surnommée ainsi pour plusieurs raisons, et avec sa totale approbation. D'ailleurs, chaque convalescent portait un surnom censé l'identifier et résumer parfaitement sa personnalité: un seul petit mot pour définir un être, mais un mot unique ne se rapportant qu'à un être lui aussi unique, là était la gageure, le pari insensé, le délire merveilleux de ces quelques désespérées.
Le repas se déroulait dans le plus grand calme, un silence provoqué autant par la fatigue que par l'usage des médicaments. Cet instant était attendu avec impatience et perçu comme une sorte de répit durant lequel une seule tâche accaparait l'esprit, le délivrant par la même occasion de tous les tracas qui l'avaient malmené et finalement conduit en ce lieu. il suffisait de porter la fourchette à sa bouche et de donner un avis qui n'engageait à rien sur la qualité du plat. S'ensuivait alors une conversation soporifique sur les goûts de chacun. Carole, fidèle à son principe de détachement, se contentait d'écouter. Ces débats sans intérêts apaisaient néanmoins ses angoisses en la projetant au milieu de conflits anodins où aucune prise de position n'entraînait de conséquence néfaste. Ces brèves périodes de soulagement ne lui avaient été jusqu'à présent dispensées que dans cet établissement, cette maison de repos, ce havre de paix noyé dans un parc cerné par des haies, nécessaires barrières naturelles contre les agressions du monde extérieur. Tant de petites créatures fragiles s'entassaient derrière ces murs, térrorisées trop souvent, assoiffées de vengeance parfois. Des affinités se nouaient entre pensionnaires, recréant les fameux cercles d'enfants des cours de récréation, ces clubs discriminatoires censés initier les nouveaux adhérents à d'étranges rituels et écarter les indésirables, retors aux exigences d'un groupe devenu soudain atrocement soudé. La violence de ces cohésions, ou collisions, n'était pas aussi soutenue que dans les écoles mais le processus restait suffisamment visible pour laisser entrevoir cette danse pathétique entre des coeurs déçus, des corps meurtris, pourtant si désireux de se rapprocher, se défier et dévoiler, en un piètre sursaut, leurs dernières forces endommagées par la vie. Mais ici, aucun groupe ne cherchait à nuire aux autres et c'était tout naturellement que les liens se soudaient. Carole avait fini par accepter cette théorie selon laquelle les attirances envers certaines personnes résultent d'une alchimie complexe basée sur des odeurs, des effluves invisibles alléchants pour le subconscient, déterminants dans les décisions. C'est donc avec une relative facilité qu'elle avait formé ce "club des cinq". Ces personnes étaient venues se greffer telles des lambeaux de chair, ballottées par le vent de l'injustice, déchiquetées par les aléas du monde réel, guidées maladroitement, mais spontanément, vers son corps comme pour l'envelopper d'une fine carapace tiède et réconfortante".
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Jeu 14 Aoû - 23:31

Et je termine ici ce premier chapître, celui qui est censé jouer les "accroches".

"En fin de repas, elle se réfugia dans sa chambre. Le bruit de toutes ces chaises bousculées et de ces couverts rangés ou renversés l'incommodait. Sa digestion capricieuse l'encourageait à succomber aux délices honteux des fainéants chroniques: fauteuil, télévision, feuilleton idiot et bref état léthargique où le petit filet de bave s'échappe délicatement d'une lèvre anesthésiée par un cerveau inactif. Le brouhaha ambiant s'estompa jusqu'à devenir un vague et faible ronronnement propice à l'endormissement. Carole n'appréciait pas vraiment ces siestes. Elle se réveillait subitement, en proie à une migraine supportable mais symptomatique du laps de temps inadéquat qu'elle avait consacré à cette pause. Néanmoins, elle ne pouvait faire autrement que d'écouter son métabolisme qui lui imposait ce relâchement par un abandon complet de toutes ses facultés. Quelques rêves surgissaient alors sous forme de courtes histoires dont l'intrigue, évoquant vaguement des problèmes rencontrés dans la journée, semblait avoir pour unique but de synthétiser ses cas de conscience en un patchwork de situations insensées. Des visages oubliés se mêlaient aux rares regrettés, confondant ainsi le passé et le présent dans un tourbillon de silhouettes, un déluge d'émotions. Plus que le temps passé à dormir, c'était peut-être bien cette étrange farandole qui finissait par lui donner la nausée à chaque réveil. Au bout d'une heure, la pluie ayant cessé, elle s'extirpa du canapé pour aller marcher le long de la haie. En réalité, cet anodin périple, activité tout aussi familière aux autres, reflétait à lui seul l'ambiguïté de ses pulsions. La végétation la protégeait, filtrant davantage les vices de ses contemporains dans chaque nouvelle excroissance des branches; mais suivre son mouvement, frôler cette pellicule ténue d'un cocon soumis aux intempéries, lui procurait un plaisir indicible. Elle pouvait s'enfuir à tout moment. Les rares espaces au sein du feuillage étaient autant de meurtrières ouvertes sur l'inconnu. Elle restait pourtant, par obligation, se surprenant à rêver, pour la même raison. Puis elle s'arrêta près d'un banc materné par un gigantesque saule.
Estelle s'y était assise pour feuilleter un magazine. Sa fièreté d'incarner un elfe prestigieux lui permettait parfois d'afficher un sourire salvateur et de chasser momentanément ses vieux démons. Son surnom avait fait l'objet d'une recherche minutieuse, quasi interminable. Sa peur de la maladie et de la mort l'incitaient souvent à dévoiler une attitude cynique, seul moyen, selon elle, d'aborder sereinement la vie. "L'orvet", ainsi l'avait-on désignée. Froide et insaisissable, elle semblait se déplacer telle une machine, inspirée par la loi terrifiante du "qui ne ressent rien ne souffre en rien". Mais, loin d'être dupe, elle avait conscience de ses difficultés à repousser les interrogations de la vie, et malgré tous ses efforts, notamment dans la lecture des grands philosophes, elle demeurait incapable de trouver la moindre consolation. Le soir, elle était ce grand elfe majestueux au regard perçant. Au petit matin, seule, confrontée à son reflet dans le miroir, elle redevenait ce reptile qu'un seul événement malencontreux peut réduire en mille morceaux. La nuit, elle contrôlait son destin. A l'aube, le destin prenait sa revanche. Elle tourna délicatement la tête vers Carole et, évitant de croiser son regard, lança d'une voix sans émotion:
- "Si nous allions voir ce que trafique Gabrielle. Je parie qu'elle est encore fourrée à la chapelle".
Sur un sourire communicatif et apaisant, elles partirent toutes les deux en direction du sanctuaire.

Mes personnages sont un mélange de plusieurs individus: il y a un peu de moi et un peu de ceux que j'ai croisé durant ma courte existence. N'y voyez donc aucune allusion sur ce que je suis ou pense. On s'inspire toujours de tellement de choses lorsqu'on écrit.

Voilà ! J'espère que ça ne vous a pas trop saoûlé ! Et j'espère également que tu as apprécié Fleur !
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Ven 15 Aoû - 13:24

oui, j'apprécie, comme je m'en doutais Very Happy
Et, je ne sais pas comment dire, mais ces personnages, déjà, me touche Exclamation

J'aimerais bien lire ton roman Arrow

je me dis, si par exemple, sur la forum, si ADMIN pense que "ça le fait"et toi aussi, il pourait y avoir une rubrique "roman de l'été".

Tu nous mettrais chaque semaine, par exemple, un bout de ton roman, mais dans l'ordre, bien sur et ce jusqu'à la fin Idea

Sinon, et ben peut être, tu me le passerais ton roman et je le lirais tranquille...
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Ven 15 Aoû - 14:10

C'est un gros pavé que j'ai écrit et mon style pourrait te gaver à la longue car j'abuse parfois des adjectifs et j'apprécie les longues phrases.

Mais, merci ! Ton avis m'intérresse et tes compliments me touchent !
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Ven 15 Aoû - 18:36

j'aime les gros pavés Exclamation
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Ven 15 Aoû - 21:21

Ne parle pas trop vite Fleur !
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Ven 15 Aoû - 21:29

Je verais bien si ve que tu as écrit me tiens jusqu'au bout Arrow
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 16 Aoû - 14:35

C'est justement ce qui me fait peur: que tu trouves cela pompeux et indigeste !
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 16 Aoû - 17:06

C'est toi qui vois Exclamation

Moi, ça m'interresse Exclamation
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 16 Aoû - 20:13

Alors, attention parce que, dans ce qui suit, il y a une vive critique des psys. N'y vois aucune attaque personnelle Fleur ! Wink Ce sont mes persos qui s'expriment !

10
"Une petite chapelle avait été installée à l'écart du manoir. Des arbres l'entouraient chaleureusement comme pour signifier aux étrangers que sa découverte se méritait et que la violation du lieu était sujette à l'observation d'une instance supérieure. Carole avança d'un pas décidé vers la lourde porte en bois, unique entrée du bâtiment. Estelle la suivait en conservant un certain espace. Sans être une anticléricale convaincue, elle se méfiait des préceptes imposés par la religion et ne pouvait s'empêcher d'éprouver une sorte de malaise en abordant une église. Ce chef-d'oeuvre architectural lui imposait un respect mêlé à un profond sentiment de désarroi à l'idée que tant de désespérés y avaient imploré un père tout puissant, omniprésent, pourtant si discret dans ses manifestations et si avare de ses tours de magie.
- "Eho ! y a t-il une âme perdue ici ?"
Carole n'eut droit qu'à un terrible silence en guise de réponse. Elle jeta un rapide coup d'oeil en direction des rangées de bancs et referma la porte avant de rejoindre Estelle près d'une fontaine d'ornement où un angelot statufié recrachait un mince filet d'eau.
- "Tu as perdu ton pari, elle n'est pas ici."
- "Attendons une minute, tu veux ?"
Le visage d'Estelle paraissait si serein que Carole crut reconnaître furtivement, en ses traits, l'apparence de l'elfe complice des ruses de la nature et doté d'un sixième sens. Elle se retint de lui faire part de cette impression et, dans un même élan de nonchalance, laissa traîner son coude sur le petit bassin. Quelques feuilles épuisées tombaient de temps à autre. Leur chute donnait lieu à un lancinant ballet dont on ne pouvait dire si le rythme était inspiré par le manque d'assurance ou le goût du spectacle.
- "Hélène a rendez-vous demain avec l'autre. Je me demande bien quel genre de conneries elle va encore lui sortir. On se promet un bon moment de rigolade, moi je te le dis."
Estelle parlait ainsi du psychiatre qui rendait régulièrement visite aux pensionnaires dans un ordre établi selon le degré d'affection des troubles observés. Elle employait volontairement le terme "autre" en insistant sur le côté péjoratif qu'il peut apporter au titre d'une personne que l'on méprise. C'est donc avec un dégoût non dissimulé qu'elle accueillait la praticienne, cette "manipulatrice véreuse" comme elle se plaisait à la présenter. Confortée, dans son analyse, par des philosophes modernes, elle se vantait d'avoir percé le mystère des psys et de leur influence grandissante. Tels des hommes de dieu, ils se targuaient de tout connaître, tout comprendre et tout interpréter afin de mieux contrôler nos pensées. Et nous, pauvres diables, étions prêts à renoncer à tout jugement, toute liberté pour suivre ce chant enjôleur des sirènes qui promettent des jours meilleurs en exploitant cette tendance naturelle de l'homme à la passivité."

La suite un peu plus tard car on m'appelle pour manger !
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Sam 16 Aoû - 21:29

" "Ces gens se servent de ce besoin vital qui nous pousse à vouloir des réponses et à trouver un père susceptible de nous les donner, mais en réalité, ils nous avilissent et nous infantilisent car ils ne sont eux-mêmes que de vulgaires mortels malhonnêtes comme d'ailleurs n'importe quel mortel qui se respecte". Ainsi justifiait-elle en quelques mots, et non sans un flagrant contentement, son aversion pour ces "médecins de l'âme". Puis elle clôturait sa théorie par une sentence cruelle, sorte de bouquet final: "rien ne les excite plus que de sentir la détresse de ton esprit parce qu'à cet instant précis, ils savent que tu leur appartiens. Leur force leur vient de la dépendance qu'ils entretiennent grâce aux discours fumeux vomis par leurs saletés de bouquins". Carole ne pouvait réellement discerner la vérité de l'affabulation dans ces critiques. Elle se trouvait toujours bien mauvais juge pour réprimer ce genre de déclaration. Amer constat d'un individu perspicace ou pure spéculation d'un cerveau dérangé: sa conscience, parasitée, embrumée par ses propres malheurs ne parvenait jamais à trancher.
Soudain, un amas de fougères se mit à trembler, rejetant quelques perles d'eau accumulées pendant l'averse. Une voix grave s'éleva du buisson:
- " Qui va là ? Encore des barjots ! Ma parole, une éclosion s'est produite non loin."
La terrible sentence s'accompagna d'un fou rire apparemment trop difficile à maîtriser.
- " Très amusant, Gabrielle. Franchement, tu t'es surpassée cette fois."
Sur ces paroles désabusées, Estelle attendait l'arrivée théâtrale de "l'ange déchu". Gabrielle s'extirpa de son nid verdoyant en cherchant, sur le visage de ses camarades, un rictus qui puisse feindre l'amusement. Elle trouva ce signe chez Carole qui, avec un sourire sincère, se détacha de la sculpture.
- " Je te remercie pour le qualificatif barjot."
- " Pourquoi, n'est-ce-pas ce que nous sommes toutes, y compris toi, fougère espiègle ?"
Estelle aimait parfois ramener ses amies aux dures réalités mais cet aspect de sa personnalité devenait vite un travers assez odieux lorsque la situation ne s'y prêtait pas. Sa souffrance, longtemps camouflée sous le masque de l'arrogance, avait été ici percée à jour. Et, bien que le déguisement lui semblât inapproprié en de multiples occasions, elle s'efforçait néanmoins de conserver cette méfiance naturelle vis à vis des petits bonheurs de l'existence, toujours en attente de l'inévitable "retour de bâton".
La connivence saugrenue du club était souvent rompue par la présence d'un chapelet de malades se plaisant à déambuler sur leurs traces. Ces interruptions, quoiqu'inévitables, n'en perturbaient pas moins les discussions. Durant un court instant, en parfaite symbiose, elles se pensaient à part, se rêvaient mieux que tous ces zombies gavés de médicaments. Carole incita ses amies à s'éloigner de la foule dans un mouvement qui s'apparentait davantage à une fuite qu'à une lassitude du cadre champêtre. Un même élan les propulsa alors vers le manoir qu'elles regagnèrent en entonnant leur hymne favori dont le style n'était pas sans rappeler les injonctions militaires des meilleurs films de guerre américains sur la vie en caserne:
" De toutes celles qui sont du couvent
Nous sommes celles tournant le plus rond
Mais recrachant tous les médicaments
Nous sommes de celles qui reviendront"
Puis, singeant la marche des soldats en formation, elles traversèrent l'immense parc sous le regard amusé de plusieurs convalescents et de quelques infirmières. Un arc-en-ciel tenait maintenant sa place à l'endroit même où de sombres nuages avaient menacé leur promenade quelques heures plus tôt. Seule la brillance d'une pelouse encore imbibée d'eau pouvait faciliter le souvenir de cette obscure période. Le manoir se rapprochait davantage au fil de leur danse rituelle: trois brebis écorchées, en rang serré, chancelantes et ivres d'un espoir qui se sait entaché. Du haut de son trône céleste, le créateur devait sûrement hésiter entre pleurer d'effroi ou se tordre de rire. Cette vision, fleurissant en elles avec un parfait synchronisme, fit naître, sur leurs lèvres, un sourire différent et pour le moins effrayant".

Voilà, ce chapître marque l'arrivée de Gabrielle, surnommée "ange déchu" pour différentes raisons. C'est le personnage le plus calme, le plus sage et le plus nostalgique de l'histoire. Mais, comme toutes les autres, ce n'est qu'une façade car elle cache un lourd secret.
Je vous rassure, je n'ai pas l'intention de vous gonfler avec l'histoire dans sa globalité. J'espère seulement que tu ne décroches toujours pas Fleur !

Au début de certains chapîtres-clés, je dépose un chiffre. Je commence par le 10 puis je descends jusqu'au zéro. En fait, il s'agit d'un compte-à-rebours.....
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Dim 17 Aoû - 11:38

Alors, là tu nous a donné le début de ton roman???

Non, je ne décroche pas, au contraire Very Happy

J'attend la suite tongue
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Dim 17 Aoû - 21:37

Ok, alors j'envoie encore une part de mon pavé ( jusqu'à ce que tu sois lassée ).

Ici, 2 nouveaux personnages qui vont parler de la partie de jeu de rôles. Hélène, surnommée "l'ancolie" y incarne un chevalier et Marie, surnommée "Peter Pan", un voleur.

" Hélène et Marie s'étaient retrouvées dans la grande salle commune où l'immense poste de télévision déblatérait une somme incommensurable d'absurdités, résidus d'une lointaine époque qui, bien que mise à l'écart, n'en continuait pas moins de fasciner les esprits malléables. Le chevalier téméraire et la voleuse espiègle se croisaient fréquemment, comme si leur structure moléculaire les poussait machinalement l'une vers l'autre. Jamais interloquées, elles se saluaient et goûtaient au plaisir de ces rencontres peu fortuites dans un recueillement commun instructif. Les lampes étaient volontairement éteintes sur la demande de nombreux malades supportant difficilement, contre leur frêle rétine, cette lueur artificielle en laquelle ils voyaient une nouvelle agression du monde moderne.
Au milieu d'un crachat publicitaire, Marie détourna ses yeux de la boîte à images et les laissa traîner le long de la tapisserie pour s'appesantir, au final, sur le crâne d'Hélène.
- " A mon avis, le gobelin nous a envoyées sur un plan foireux. A peine sorties de la hutte, des ennemis vont se jeter sur nous et nous saigner à blanc. Tu verras ce que je te dis."
La courte pause télévisée invita les pensionnaires à soulager leurs besoins. Quelques paroles fusèrent alors ici et là, que les déplacements de chaises venaient ponctuer dans une sorte de symphonie baroque d'avant-garde. Hélène semblait concentrée sur les programmes mais son attention était en réalité toute acquise à sa camarade.
- " Pour tout te dire, j'y ai pensé moi aussi. Nous en ferons part discrètement aux autres. Carole ne doit pas savoir qu'on s'attend à un coup tordu."
Marie ne put contenir son excitation. Outre le simple fait que l'équipe allait une fois de plus démontrer son incroyable efficacité et sons sens inné du danger, cette redoutable transmission de pensée entre ses membres exacerbait encore davantage son euphorie. Le nouveau piège de Carole aurait autant d'effet qu'un pet de vache sur la couche d'ozone. Quelle jubilation à l'idée de surprendre ceux-là mêmes qui tendent l'embuscade !
Des applaudissements brisèrent le silence. Les résidents encore présents devant le poste récitaient en coeur le générique d'une célèbre série télévisée. Hélène se désolidarisa de l'exaltation collective pour se réfugier dans le hall. D'ici, elle pouvait contempler, au travers d'une immense baie vitrée, l'étendue du parc où des formes troubles s'agitant au loin lui rappelaient de vagues connaissances. L'oeil rivé sur les moindres mouvements extérieurs, elle s'amusait à nommer les silhouettes qui marchaient dans sa direction et dont les traits s'affinaient au fil de leur avancée. Les vêtements semblaient toujours être le premier indice révélateur. Mais une longue analyse ne fut pas nécessaire pour reconnaître ses trois amies car leur chant servit à les démasquer. Mue par un étrange réflexe, elle chercha Marie du regard. Cette dernière se tenait dans son dos, debout et appuyée contre la rampe d'escalier. Le sourire qu'elle arbora suffit à convaincre Hélène de l'inutilité d'une annonce fracassante. Elle restait là, près des marches, prostrée dans la pénombre car sans avoir eu à s'approcher de la vitre, elle était parvenue à sentir leur présence.
- " Dans une minute, nous serons au complet, n'est-ce-pas ?"
Hélène acquisça, l'air amusé:
- " Exact. Cette fois, je suis battue ".
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Dim 17 Aoû - 22:13

Je termine ce chapître et je rends l'antenne.

" La porte en chêne massif s'entrouvrit, laissant s'engouffrer, en même temps qu'un petit vent froid naissant, le trio des souffreteuses qui s'éparpilla frénétiquement une fois à l'intérieur. Tandis qu'Estelle s'empressait de saisir quelques bribes des dialogues de la série culte, Carole et Gabrielle rejoignaient avec délice un radiateur fixé au mur. Les retrouvailles furent abrégées par la venue d'une infirmière avertissant Marie d'un appel de sa famille. La nouvelle la fit trépigner de joie mais l'ivresse disparut tout aussi vite. Carole fixa un instant son amie. Elle était habituée à ces revirements d'émotion et semblait parfaitement connaître le mal qui la tiraillait car, au bout du compte, c'était toujours la même histoire. Du tréfonds de cet appareil, une voix s'élevait, une voix chère et trop connue, une voix capable d'obtenir de nous, par son intonation, le meilleur comme le pire. Cette famille était finalement peu différente des autres. Elle avait dû être à la fois, son garde-fou et son bourreau, la raison de sa survie et la cause de sa détresse. Carole pouvait encore sentir cette impatience mêlée à une peur que seul un léger tremblement de main trahit. on portait l'écouteur à son oreille, guidée par une force mystique et tout en accomplissant le geste, on se savait de plus en plus vulnérable. Puis la terrible voix sussurait des mots qu'il fallait réciter calmement en soi pour en comprendre le sens pourtant si simple. Elle se revoyait, accrochée à ce téléphone comme à une barque de sauvetage trouée de part en part. La voix des siens cherchant à s'enquérir de son état la ravissait autant qu'elle l'achevait. Elle devait dépenser une énergie incroyable pour leur donner une réponse brève, suffisante pour les rassurer. Lorsque Marie suivit l'infirmière, Carole ne la quitta pas du regard. Elle allait subir à son tour le calvaire du coup de fil fatal, celui qui vous rappelle ce que vous êtes et ce que l'on attend de vous car, au-delà de l'innocent appel quotidien, il s'agissait bien plutôt de l'injonction d'un monde refusant d'oublier ses martyres, d'un destin refusant d'abandonner ses outils. Alors que Marie disparaissait au fond d'un interminable couloir, les battements de coeur de Carole s'accéléraient: c'était une façon de rester en contact avec son amie. Elle seule savait, comprenait, compatissait, tremblait et hurlait avec cette même douleur silencieuse au ventre.
Les trois autres s'étaient rassemblées depuis et complotaient en vue d'aborder au mieux la partie nocturne. Collées contre un pan de tapisserie verdâtre, elle profitaient du moment d'absence de Carole pour transformer le salon en étroit bunker. Là, investies en généraux, elles jouaient le sort de plusieurs vies, protégeant leur personnage avec une telle ardeur qu'on aurait pu croire leur propre existence menacée dans ce qui n'était pourtant qu'un jeu sans conséquence. Mais dans cette immense maison, les journées interminables semblaient perturber violemment les priorités jusqu'à les rendre opaques, floues et finalement impalpables. Car, après tout, qu'est-ce-que la notion de temps quand on l'a entier devant soi ? Que deviennent ces règles de bonne conduite si personne n'est là pour nous juger, nous jauger et nous noter ? Et quelles valeurs doit-on porter aux nues lorsque le monde nous a régurgitées tel un mets indigeste ? Ces questions trouvaient ici leur réponse sous la forme d'une réplique défensive naturelle. Entre ces murs ternes gardés par des blouses blanches, tout était à refaire, ou plutôt, à défaire: moins d'exigences, de priorités imposées. Ce nouveau monde ne devait compter que sur leur vague souvenir d'une éthique encore hésitante.

Le couloir emprunté par Marie semblait s'assombrir de minute en minute et il fallut l'intervention du rire sarcastique d'Estelle pour sortir Carole d'une torpeur qui l'attirait dangereusement vers ce trou béant. De curieux chuchotements l'incitèrent à tendre l'oreille.
- "Si je vous chope encore en train d'écouter aux portes, je serai dans l'obligation de vous dénoncer à l'infirmière en chef."
En inclinant légèrement la tête, Estelle avait surpris Carole au moment le plus opportun. Elle garda un instant la posture puis ajouta, un sourire vicieux au coin des lèvres:
- " J'espère que nous nous sommes bien comprises ! ".
Carole se contenta d'acquiescer sur un mouvement de nuque. L'angoisse récurrente du coup de fil faussement libérateur commençait à s'atténuer, ne laissant qu'un vague soupir avorté, et bien qu'elle ne ressentit pas immédiatement cet apaisement de l'âme, le relâchement de ses muscles faciaux lui indiqua un certain retour à la normale. Marie était seule, livrée en pâture au vilain téléphone qui gémit, fait des reproches, implore et attend des promesses stériles. Mais bientôt, Marie serait assise autour de la grande table, celle qui exhorte aux meilleurs sentiments, ravive les volontés refoulées et n'exige rien que le coeur ne puisse donner".
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Dim 17 Aoû - 23:41

Et après... Question
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patafix
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 1:07

(je fais des copier coller je lirai tranquillou)
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 12:11

" L'heure du dîner approchant, les aide-soignantes traquaient les retardataires et l'on pouvait observer, de temps à autre, leur chevelure dans l'embrasure d'une porte entrouverte. Estelle répondait toujours à ces appels avec une grimace discrète, élaborée pour la circonstance. Tous les hôtes se regroupaient au milieu d'un grand salon où chaque unité était alors orientée vers le réfectoire correspondant à son étage. Certains se faisaient signe et s'invitaient à une table dont l'accès semblait soudain acquis en raison d'un bref retour de politesse.
- " Salade fantaisie, gratin de thon, dessert exotique du chef ".
Estelle, le nez collé au menu accroché en évidence, récitait et commentait chaque soir le programme. Aucune des autres ne pouvait dire si elle préparait son discours à l'avance ni même si elle était parvenue à entretenir une certaine connivence avec le personnel en cuisine mais il semblait évident qu'elle était en mesure d'anticiper les déceptions causées par un plat joliment présenté sur le papier, infecte dès la première bouchée. Fidèle à son devoir d'information, elle continua:
- " Pour les non-initiés, je traduis. Salade méli-mélo de vieux trucs non bouffés depuis la veille, croûte de thon en soufflé virtuel, et pour finir, tranche d'ananas flapi surmontée d'une grosse crotte de chantilly chimique. Hum, j'en ai le vomis à la bouche rien que d'y penser ! ".
Aucune de celles qui l'écoutaient ne pouvait rester sérieuse et les éclats de rire qui perturbaient la mise en place rituelle rendaient perplexes les quelques malades installés trop loin pour l'entendre. La table des cinq était située près d'une fenêtre selon la volonté de Marie, parfois sujette à une faible claustrophobie. Elle avait émis le souhait de pouvoir bénéficier de cette vue plongeante sur le jardin. Etant donné l'état pitoyable dans lequel elle était arrivée, les médecins avaient jugé préférable d'accéder à sa modeste requête: ce premier pas la mettrait en confiance, pensaient-ils. Le temps leur donna raison. Marie adorait fixer la vitre en mangeant. Lorsque la pénombre envahissait le parc au moment du dîner, elle fronçait davantage les sourcils à chaque bouchée, comme pour surprendre, là, en bas, une action furtive tout juste devinée par les autres. Si le repas du midi faisait ressurgir d'obscures angoisses, celui du soir les atténuait. La nuit a cette force particulière d'ôter les inhibitions et le noir, ce don ambiguë de soulager les esprits en les exposant aussi bien au sentiment d'impunité qu'à la peur d'une spontanéité non maîtrisée. Le repas du soir était plus reposant pour Marie qui tolérait mieux les paroles et les regards anodins échangés entre chaque cuillerée. Elle arriva avec dix minutes de retard et s'assit, sans un bruit, sur la chaise qui lui était dévolue. Carole lui présenta la panière. Elle prit délicatement un quignon, le posa près de son assiette et planta sa fourchette dans un élément non identifié de la salade composée ".
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 13:49

Du coup, tu nous donnes des bribes de ton roman, un peu dans le désordre Question

Je suis toujours OK pour continuer à te lire Very Happy

Peut être dans l'ordre Arrow

Et les autres quoi qu'ils, qu'elles, disent Question
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 14:31

Mon roman est dans l'ordre Fleur !
Qu'est-ce-qui te perturbe ?
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fleur73
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 18:41

Rein, je me demandais juste si les textes que tu nous a poster étaient dans l'ordre Exclamation

c'est tout, d'ailleurs je trouvais que ça faisait comme une suite, mais je ne savais pas Exclamation

Alors.... si t'es toujours d'accord... pour la suite Arrow
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patafix
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 19:33

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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 21:53

je prefererait pouvoir le lire dans son integralité , et bien que trouvant ton style agréable , il y a trop de détails pour moi, j'aimze assez la concision les sous entendus, deviner , imaginer , peut -etre ai-je trop un " esprit de syntèse" Smile
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 22:34

" Tandis qu'elle portait la mixture à sa bouche, Carole versait un peu d'eau dans son verre. Le silence se prolongea, rendant le climat toujours plus pesant. Il y a des durées que les pauses supportent mal, des pensées qui mériteraient d'être abrégées par une parole futile, ne serait-ce que pour détourner l'esprit d'interminables et lancinants tourments. Ce soir-là, elles traversaient ce genre de dilemme, ne sachant comment éteindre une braise dont la vivacité titillait avec toujours plus de délice la sensibilité de leur amie dans un silence déjà bien installé. Puis, Estelle prit l'initiative et posa la question tant attendue, quoiqu'un peu factice:
- " Alors, tes parents vont bien ? Ca a dû leur faire plaisir de t'entendre ? ".
Marie garda la tête penchée au-dessus de l'assiette et répondit d'un "oui" timide mais assez convaincant. La première phrase destinée à rompre la glace provoque souvent un soulagement et le sens qu'elle contient importe finalement peu. Ayant depuis longtemps compris cela, Estelle était passée maîtresse dans l'art d'alourdir l'ambiance pour mieux la ranimer ensuite. Elle avait élevé au rang d'art ce qui n'était pour elle, au départ, qu'un simple hobby. Elle possédait ce charme crispant mais désarmant à la fois de pouvoir faire preuve d'une gentillesse inouïe et d'une muflerie phénoménale à une minute d'intervalle. Son intelligence et sa culture ne lui permettant pas de feindre l'inconscience ou la maladresse, les personnes capables de la supporter se comptaient sur les doigts d'une main. Mais, en cette occasion, elle avait su trouver les mots, et surtout le bon timing car Marie commençait déjà à poser les yeux sur autre chose que sa salade. Elle scrutait maintenant le visage de quelques pensionnaires en laissant de nouveau transparaître un certain intérêt pour les objets environnants. Après une profonde respiration, elle se montra plus volubile:
- " Ca m'a fait du bien de leur parler mais il y a des jours où c'est franchement pénible ".
Puis, fixant Carole:
- " Enfin, je ne vous apprends rien ".
Ce regard volé valait à lui seul les pires thérapies de groupe. Ce mouvement calculé espérait à lui seul soulager la douleur par le fameux appel du "j'ai moins mal pour moi car j'ai eu mal pour vous" et c'est en ces termes que Carole le ressentit.
La tranche d'ananas flasque succéda effectivement au soufflé avorté, atterrissant dans une bouche ouverte par réflexe et refermée aussitôt sur une contorsion de lèvre qui tentait de stopper un éclat de rire. Hélène regarda brièvement Estelle tout en recentrant sa serviette sur ses genoux.
- " Pour ce qui est de la texture, rien à dire. C'est du caoutchouc. Par contre, question chantilly, tu t'es plantée. On n'en a pas vu la couleur ".
Les autres se rallièrent à ce constat avec le secret espoir de provoquer l'imperturbable reptile toujours si sûr de lui. Mais Estelle ne leur donna pas ce plaisir.
- " La crème était tout simplement daubée et ils s'en sont aperçu au dernier moment. C'est aussi simple. Si vous voulez, ce soir, je fais les poubelles et chiche que je ressors les bouteilles périmées. Je vous parie le VPP pudding de demain. Celle qui perd prend mon morceau ".
- " D'accord, admettons. Mais qu'est-ce-que tu entends par VPP ? ".
Applaudissant le retournement de situation entrepris dans l'urgence, Carole se montra davantage intéressée par la nouvelle trouvaille d'Estelle.
- " VPP: vieux pain patchauqué. Ne me dîtes pas que vous ignorez comment on fabrique le bon vieux pudding ici ! ".
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estelle
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 22:50

" Marie ne put contenir son amusement et recracha, par une narine, un morceau d'ananas que la puissance de projection envoya près d'une table voisine. Les autres s'excusèrent à sa place, occupée qu'elle était à essuyer son visage rougi au fond d'un mouchoir soudain transformé en paravent. Perplexe, Gabrielle fit un rapide tour de table:
- " C'est quoi patchauqué ? ".
Estelle reprit alors avec une posture digne d'un grand professeur:
- " Cela signifie, chère enfant, que la fabrication du pudding requiert une technique bien particulière. A l'instar du raisin foulé par des pieds humains inconnus, le pain du pudding est pétri par des mains humaines tout aussi inconnues. Mais, attention, le malaxage a lieu dans un bain de jaunes d'oeufs. Le pain y trempouille durant des heures avant de s'imbiber du liquide et de se fondre en une pâte immonde. Etripage, pétrissage, trempouillage, gonflage, séchage et mise en mangeage, voilà en quelques mots les étapes de fabrication d'un dessert culte du manoir aux dingos ".
Un grand silence dont seule leur table semblait souffrir vint clore cette tirade. Estelle avala une gorgée d'eau sans lever une seule fois les yeux vers ses camarades, fière de son discours et confiante dans l'effet produit. Puis, en peu de temps, le bruit des langues avides de récupérer des perles de jus sucré au fond d'un ramequin comblèrent ce dénuement verbal. De légers gloussements témoignaient néanmoins du degré de performance atteint.
Des pensionnaires se levaient déjà par petits groupes afin de se livrer le plus tôt possible à leurs activités favorites dont l'intérêt décroissant allait de la construction de maquette à la lecture d'un roman Arlequin en passant par le recensement fétichiste des petits parapluies en papiers subtilisés sur les coupes glacées. Marie, qui avait renié depuis longtemps sa cuillère, attendait le moment propice pour sortir de table, bien décidée, comme les autres, à éviter la cohue générale. Elle dévisageait tous les malades avec la ferme intention, aurait-on pu croire, de comparer son état aux leurs, de mieux évaluer ses progrès et se situer dans la hiérachie complexe des fous du manoir. "
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MessageSujet: Re: ALLEZ, OSONS PUISQU'ON NOUS LE DEMANDE !   Lun 18 Aoû - 23:11

" Le couloir menant aux chambres se vidait peu à peu. De rapides invitations s'étaient échangées pendant le repas et les portes se refermaient parfois sur le visage rieur d'un membre de ce club nouvellement construit. Carole rejoignit ses quartiers non sans faire un signe à ses amies restées en retrait.
- " Ne traîne pas trop, Peter Pan. "
Estelle prenait souvent la précaution de rappeler ses priorités à Marie qu'elle savait, une fois la nuit venue, obnubilée par de profondes angoisses au sujet de sa personne et dont les effets se traduisaient par un oubli total de ses engagements. Pourvu que le temps passé à se juger ne lui fasse pas rater le rendez-vous, ou pire, ne la mette dans un état de délabrement psychologique tel que la partie doive en souffrir, voilà ce qu'Estelle redoutait tous les soirs. Mais, en vérité, les trois autres étaient secrètement soumises à la même crainte. Les portes claquèrent en rythme et le calme qui s'ensuivit laissa planer cette ambiance particulière des non-dits amortis par des moquettes usées.
Marie ôta son pull et s'allongea un instant sur le lit. Elle fixa une tâche au plafond, se remémorant les fameuses esquisses des psychiatres. Qu'était-elle donc supposée voir dans cette forme ? La réponse se faisait attendre mais sa concentration avait le mérite de la relaxer. Elle s'efforçait de discerner des objets rassurants. Le manque d'imagination dont elle faisait preuve lors de ses entretiens avec la spécialiste transparaissait une fois encore puisqu'elle se confortait dans des images d'Epinal comme le nuage, le papillon ou la simple tâche d'encre. Au diable ces fichus dessins ! De toute façon, et bien qu'étant reconnaissante du bienfait apporté par la praticienne, elle éprouvait, en sa présence et à mesure que son état s'améliorait, une sorte de malaise. Elle se sentait de plus en plus insoumise et capable, depuis peu, d'aborder sereinement certains événements. Elle se surprenait même à traiter sa psy de "manipulatrice obséquieuse". Devenait-elle, inconsciemment, une disciple de l'inquiétante école d'Estelle ? Cette idée lui traversait régulièrement l'esprit. Dans ce court apaisement, elle trouva l'impulsion nécessaire pour différer son inspection quotidienne et se libérer des draps tièdes. La chambre de Carole était si proche qu'elle pouvait bien après tout se soumettre ne serait-ce qu'un bref instant aux cris tenaces d'un cerveau avide de distraction et d'un corps avide de répit. La partie ne commencerait pas sans la présence du voleur. Elle délaissa son miroir, déterminée à étouffer sa voix maléfique pour attérir presque machinalement au milieu du couloir."

Voilà pour ce soir. Fin d'un autre chapître. Toujours pas lassées ?
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